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Supprimer la corrida ? Mais lors, dit le Sentencieux de service, rendez-vous compte, il n’y aura plus des taureaux de combat ? Plus de combat, plus de taureaux. Disparition du taureau, noble et bel animal. C’est cela que vous désirez ? Bon, je réponds. Vous venez de le dire, vous n’élevez les taureaux que pour le combat. C’est-à-dire pour les assassiner. « Combat », mon oeil ! Assassinat à grand spectacle, oui, et avec tortures préliminaires. Assassinat crapuleux pour l’amusement des sadiques du dimanche. Eh bien, oui, je préfère que les taureaux n’existent plus, plutôt que les savoir n’existant que pour cela : pour mourir ignominieusement, en pleine beauté, dans le magnifique épanouissement de leurs jeunes muscles, pour procurer à un ramassis de gros imbéciles des frémissements sans danger, pour fournir de la prose héroïque à de miteux journalistes
« sportifs » chauffant
l’« aficionado » à pleines pelletées de ce vocabulaire technique.
Je ne suis pas rongé par l’angoisse de la disparition des espèces. Bien sûr, je le déplore. Je préférerais qu’homme et taureaux puissent vivre gentiment leur vie sur cette verte planète où il y a de la place pour tout le monde. Mais il paraît que c’est impossible. L’homme ne tolère l’animal que s’il lui sert, de nourriture, d’esclave ou de joujou. De joujou sanglant, ici. Ce qui me ravage et me rend la vie invivable, c’est la souffrance, la souffrance de tout être capable de la ressentir. Qu’on inflige la souffrance, l’angoisse et la mort pour passer le temps, pour s’exciter le goût du sang.
L’homme aime tuer. Tuer pour tuer. L’homme aime le massacre. Allons allons, dit le Sentencieux, le taureau est par nature un animal combatif, il aime se battre, il est né pour ça. On ne fait que lui fournir l’occasion de donner libre cours à ses instincts, et de le faire glorieusement. Oui, les taureaux se battent entre eux, mâle contre mâle, à coups de corne, à la saison du rut. Les cerfs aussi, les chevaux aussi, les scarabées aussi. Jamais à mort. Le vaincu s’incline
et se soumet. Quant à la gloire de l’arène…
Cavana << coup de sang >>
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