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Chronique d'une mort annoncée
Chronique d'une mort annoncée
ACUSA-News, décembre 2002

 
 
Attentivement elle écoute le pépiement avec lequel les poussins - encore dans l'oeuf - annoncent à leur mère leur «venue au monde».

Pendant 28 jours, la poule n'a quitté son nid que pour aller manger et boire en hâte; patiemment, elle a couvé ses oeufs. Cette nuit, les poussins vont éclore. Au prix d'un énorme effort, ils parviennent à s'extraire de la coquille. Une fois dehors, épuisés, ébouriffés, leur duvet tout mouillé, ils se reposent le temps de se sécher - pour se transformer en d'adorables petits pompons dorés ressemblant à des fleurs de mimosa - avant de se réfugier sous les ailes douillettes de leur mère gloussant tendrement.

Cela se passe tout autrement dans les couveuses artificielles. Plusieurs milliers d'oeufs ont été placés le même jour dans les incubateurs et plusieurs milliers de poussins éclosent donc le même jour. Chacun lutte avec acharnement pour se libérer de sa coquille en appelant inlassablement sa mère. Désespérément, mais en vain... Car ils sont saisis par les mains expertes des spécialistes en la matière et, un instant plus tard, le verdict tombe: elle vivra, lui mourra.

Elle, posée sur un tapis roulant conduisant vers «l'expédition», sera placée avec ses sœurs dans des caisses qui seront empilées dans des camions et acheminées vers leur futur champ de travail - les exploitations avicoles, le plus souvent du type «ponte au sol» où elles vivront aussi longtemps qu'elles pondront un oeuf chaque jour, soit environ 18 mois - avant d'être conduites vers l'abattoir. Elles n'auront jamais vu le ciel, jamais pu courir dans l'herbe, jamais pu gratter le sol, jamais pu prendre un bain de sable, jamais senti le soleil sur leur corps.

 
Lui, posé sur un tapis roulant conduisant vers «l'extermination», tombera dans un conteneur pour y être gazé, puis broyé et enfin transformé en farine pour volailles et porcs - en Suisse environ 2 millions, en Europe dans les 400 millions de poussins mâles nouveau-nés, sont détruits ainsi chaque année. Il n'aura vécu qu'un instant, sa vie ne vaut rien, il n'est pas rentable parce que inapte à l'engraissement, les frères des pondeuses «modernes» n'atteignant pas dans un minimum de temps un maximum de poids comme le demande le marché actuel. Tempi passati où les poussins mâles devenus coquelets puis coqs, chantaient le temps d'un été sur le fumier avant d'arriver sur la table en «coq au vin» pendant que les poussins femelles devenus poules pondaient sagement leurs œufs dans la paille du poulailler.

 
Epuisées, les pondeuses ont été livrées à l'abattoir. Attachées par les jambes à une chaîne, conscientes mais tétanisées par la peur, elles sont transportées ainsi vers le bassin d'eau mis sous tension, afin d'y être électrocutées.



 
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